Versos French Oswald Durand Chant National

French poem

Chant National

by (1840–1906)

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I Quand nos aïeux brisèrent leurs entraves, Ce n’était pas pour se croiser les bras. Pour travailler en maîtres, les esclaves Ont embrassé, corps à corps, le trépas. Leur sang, à flots, engraissa nos collines. À notre tour, jaunes et noirs, allons ! Creusons le sol légué par Dessalines : Notre fortune est là, dans nos vallons.

L’indépendance est éphémère Sans le droit à l’égalité ! Pour fouler, heureux, cette terre, Il nous faut la devise austère : « Dieu ! le travail ! la liberté !! »

II Quoi de plus beau que ces fils de l’Afrique Qui, trois cents ans, dans tous les maux plongés, Tournent leurs fers, leur carcan et leur trique Contre la force et les vieux préjugés ! En bas, voyez ! C’est la noble bannière Cernant les noirs qui vont mourir là haut… — Non ! leur torrent avec Lamartinière, Descend fougueux de la Crète-à-Pierrot

Tout cela serait éphémère Sans le droit à l’égalité. Pour fouler, heureux, cette terre, Il nous faut la devise austère : « Dieu ! le travail ! la liberté ! ».

III De Rochambeau les cohortes altières, Quelques instants, suspendirent leur feu, Pour saluer le héros de Verrières, — Capoix-la-Mort, grand comme un demi-dieu ! Vers le progrès, crions comme ce brave : « Noirs, en avant ! en avant ! » Et bêchons Le sol trempé des sueurs de l’esclave ! Nous avons là ce qu’ailleurs nous cherchons !

Sans quoi, tout devient éphémère, Pas d’ordre et pas d’égalité ! Pour fouler, heureux, cette terre, Il nous faut la devise austère ; « Dieu ! le travail ! la liberté ! »

IV Sang des martyrs dont la pourpre écumante A secoué nos chaînes et nos jougs ! Chavanne, Ogé, sur la roue infamante, Toi, vieux Toussaint dans ton cachot de Joux ; Ô précurseurs, dont les dernières fibres Ont dû frémir, — vous les porte-flambeaux, — En nous voyant maintenant fiers et libres, Conseillez-nous, du fond de vos tombeaux !

« Votre bonheur est éphémère ; « Ayez droit à l’égalité ! « Pour fouler, heureux, votre terre, « Il vous faut la devise austère : « Dieu ! le travail ! la liberté ! »

V À l’œuvre donc, descendants de l’Afrique Jaunes et noirs, fils du même berceau ! L’antique Europe et la jeune Amérique Nous voient, de loin, tenter le rude assaut. Bêchons le sol qu’en l’an mil huit cent quatre Nous ont conquis nos aïeux au bras fort. C’est notre tour, à présent, de combattre Avec ce cri : « Le progrès ou la mort ! »

À l’œuvre, ou tout est éphémère ! Ayons droit à l’égalité ! Nous foulerons, plus fiers, la terre, Avec cette devise austère ; « Dieu ! le travail ! la liberté ! »