Versos French Pamphile Le May A Crémazie

French poem

A Crémazie

by (1837–1918)

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Faites place au poète au sein de votre gloire, Mânes de nos aïeux! Dans ses fastes l'histoire Se plaît à raconter Et les noms et la vie Du soldat valeureux qui meurt pour la Patrie Et du barde inspiré qui vit pour la chanter!

La noble empreinte du génie Brillait sur ton front soucieux. Le luth que te donna les cieux Avait une mâle harmonie, Et sous tes doigts, de toutes parts, Il jeta des notes étranges. On eut dit les clairons des anges Sonnant sur nos vastes remparts. Pourquoi, dans un moment funeste, Pourquoi, barde, le vil métal Vint-il à ton hymne céleste Unir, hélas! son chant fatal?

Voulais-tu, dans ce temps néfaste, Vider la coupe des plaisirs? Voulais-tu voir de chauds désirs S'éveiller en ton âme chaste? Voulais-tu chercher le bonheur Où seul l'insensé va l'attendre, Toi dont les pensers devaient tendre Vers l'infini d'un bond vainqueur? Qui le dira? Tu fus coupable, Et nous pleurâmes sur ton sort, Car une vengeance implacable Te poursuivit jusqu'à la mort!

Le repentir rend sa couronne A ton front chargé de douleurs; L'ange de Dieu sèche les pleurs; Le calme, aujourd'hui, t'environne. Tout meurt dans le passé qui fuit... Seul l'éclat de ta renommée Comme une planète enflammée Traversera la sombre nuit. Si la vengeance mal éteinte Voulait évoquer ton forfait, Alors l'expiation sainte Devant elle se dresserait!

Barde, as-tu revu dans tes rêves Les champs où dorment nos héros? Comme les flots après les flots Viennent déferler sur les grèves, Les doux souvenirs d'autrefois Sont-ils venus à ta mémoire? As-tu revu nos jours de gloire, Quand nous combattions pour nos droits? As-tu revu, dans ton délire, Flotter le sublime haillon Que chanta tant de fois ta lyre, Le vieux drapeau de Carillon?

Faites place au poète au sein de votre gloire, Mânes de nos aïeux! Dans ses fastes l'histoire Se plaît à raconter Et les noms et la vie Du soldat valeureux qui meurt pour la Patrie Et du barde inspiré qui vit pour la chanter!

Nos Muses ont gémi lorsqu'un jour, la tempête, Noyant ton ciel d'azur, courut de l'horizon. Ah! tu franchis alors, triste et courbant la tête, Pour ne plus le revoir, le seuil de ta maison! Ton âme s'abîma tout-à-coup dans le doute. De l'exile, en pleurant, tu pris la sombre route, Cherchant en vain, hélas! de quelque vieil ami, Pour l'appuyer parfois, le bras encor fidèle! Lorsque tu déposas ta lyre solennelle Nos Muses ont gémi.

Ah! que vois-je en tout lieu? Des murmures étranges, Des soupirs inouïs qui passent dans les airs! Les rameaux vers le sol courbent leurs longues franges, Les ruisseaux, tristement promènent leurs flots clairs! Les morts que tu chantais gémissent dans leur bière: Tes chants étaient pour eux une douce prière Qui partait d'un autel et montait jusqu'à Dieu. Les oiseaux sont muets dans nos fraîches vallées... Rien ne consolera nos rives désolées!... Ah! que vois-je en tout lieu!

Nous redirons tes chants, et la Patrie on larmes Viendra s'agenouiller auprès de ton tombeau. Qui jamais, comme toi, put célébrer nos armes Et redire l'éclat de notre vieux drapeau? Ta grande voix semblait le canon des batailles. A tes accents émus frémissaient nos murailles; Et les soldats tombés sur nos illustres champs Voulaient de leur cercueil se lever pour combattre!.. Pour consoler nos coeurs que l'ennui vient abattre, Nous redirons tes chants!

Dans ton anxiété, chaque jour, ô poète, N'était-il pas pour toi, là-bas, un jour de deuil? O poète, as-tu vu d'une âme satisfaite, Après quinze ans de pleurs, le repos du cercueil? As-tu vu ton pays, dans sa beauté première, T'apparaître soudain à la vive lumière Qu'en s'ouvrant projeta sur toi l'éternité? As-tu vu notre ville et son rocher austère? As-tu vu tes amis, ton ciel, ta vieille mère, Dans ton anxiété?

Malheureux exilé, reviens prendre ta place! Ne l'as-tu pas au ciel demandée à genoux? Que de fois ton regard a suivi, dans l'espace, Le soleil radieux qui descendait vers nous? A l'horizon lointain, dans un rayon d'opale, Espérais-tu toujours voir la rive natale, A ton ardent appel, lever son front voilé? Que de fois ton regard interrogea l'étoile? Que de fois il suivit la vagabonde voile, Malheureux exilé!

Faites place au poète au sein de votre gloire, Mânes de nos aïeux! Dans ses fastes l'histoire Se plaît à raconter Et les noms et la vie Du soldat valeureux qui meurt pour la Patrie Et du barde inspiré qui vit pour la chanter!