French poem
La Révolte
by Paul Bourget (1852–1935)
La campagne était fraîche et tout ensoleillée ; Le souffle du matin passait les blés verts, Et je marchais dans l’herbe odorante et mouillée En récitant des vers.
J’étais gai, bien portant, et libre au fond de l’âme ; J’avais enfin dompté mon douloureux amour, Et nul amer regret, nul souvenir de femme Ne troublait ce beau jour.
J’ouvrais à pleins poumons ma poitrine profonde Aux vents qui se roulaient sur les arbres en fleur, Et je sentais aussi la jeunesse du monde Refleurir dans mon cœur.
O toi qui veux, touchant à la terre qui crée, Reprendre un peu de force avant les durs combats Et boire un coup de vin à la coupe sacrée, N’aime pas ! — N’aime pas !
Brise ta chaîne, esclave, et, seul, avec courage, Sans attendrissements, sans remords et sans fiel, Viens courir dans les prés comme un cheval sauvage Sous la beauté du ciel.