French poem
À Raoul Ponchon
Ponchon, vous n’êtes pas raisonnable non plus, Écoutez ma semonce : Eh quoi ! vous vous rangez dans les gens dissolus Dont rougirait Alphonse,
Qui font la honte, ayant de l’esprit à gogo, De toute notre époque. Notre époque n’est plus celle du Père Hugo, — Encore un bon loufoque !
Ni même celle de Voltaire (Arouet), ni Celle du grand Monarque, Et vous voici parmi le nombre indéfini Des criminels de marque.
Quinze jours de prison pour outrages à la Sainte Magistrature… Mais je me trompe… à la morale, et me voilà Tout prêt à la rature.
Car je ne suis pas, moi, comme vous, bon Raoul, De l’opposante race, Et que me fait d’ailleurs que tel juge maboul Soit un doux pédérasse.
Tous les chasseurs à pied, tous les garçons baigneurs, Tous les télégraphistes Peuvent bien défiler devant ses yeux sans mœurs Et l’avoir sur leurs listes,
Je m’en fous, et je suis un trop bon citoyen Pour crier comme on beugle… Règle : vois si l’on veut, si l’on peut, c’est très bien, Mais être d’un aveugle !!
Et libre à tout un tribunal, s’il décida, Pour que rien ne se perde, En place de biftecks, au lieu de tel rata, De manger de la m***.
Qu’il mange de la m*** ou non, dites un peu Si cela vous regarde ! Allons, faites vos quinze jours, et nom de Dieu ! Dieu vous ait en sa garde.