French poem
Un fiacre
Un fiacre, demain, à huit heures Du matin, nous emportera Tous deux bien loin de ces demeures Devers tous les et cætera
De la vie enfin reconquise, Bonheur, malheur, et toi toujours ! Car tu m’es la fête promise Ou le saut aux abîmes sourds.
Cette fois comme les dernières Tu me jures bien d’en finir Avec tes mœurs aventurières Et de ne plus y revenir.
Est-ce encore de la faiblesse Ou pressentiment de ma part ? Il me semble que ta promesse D’aujourd’hui d’un cœur loyal part,
Pourtant les yeux noirs, ô ma brune, De leur regard méchant et bon, Mystérieux comme la lune, Ne me disent ni oui ni non,
Et le sourire qui te pare, Parfois semble avoir hésité Entre une malice barbare Et la naïve gaieté.
Si tu savais ce que je souffre Dans ce misérable suspens, Me balançant des cieux au gouffre, Du gouffre morne aux cieux flambants,
Des cieux flambants de toutes joies Au gouffre plein d’ombre et de mal, Tu pitoierais — et tu pitoies ? Ce pauvre vieux dit l’Infernal.
Qu’importe, allons ! ô toi le maître Et la maîtresse. Il est demain, L’heure a sonné, vite au Peut-être Dont ton caprice est le chemin.