Versos French Pierre-Jacques-René Denne-Baron Dithyrambe 1824

French poem

Dithyrambe 1824

by (1780–1854)

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Tire le glaive, ô France ! Louvre, réjouis-toi ! Rompez un long silence, Clairons de Fontenoi ! Un soldat est tombé du char de la Victoire ; Il est vide : quel roi doit y placer la gloire ? Quelle main guidera ses coursiers dangereux ? Ou de la Germanie en phalanges féconde, Ou des champs que la Seine argenté de son onde, Quel prince excitera leurs flancs encor poudreux ?

Que n’ose la Victoire unie à la Vaillance ! Elle a tendu la main au sang du grand Henri ; Pour conquérir la paix sur le char il s’élance, et les nymphes du Tage en secret ont souri.

Cependant à travers les roches de Pyrène Cet Ulysse français, que la victoire entraîne, D’un seul son de sa voix, d’un seul de ses regards Retient ces fiers coursiers, des airs enfans agiles, Dont le souffle enflammé met en cendre les villes, Et dont les pieds d’airain font crouler les remparts.

Frères de ces coursiers, impitoyable race, Que de membres sanglans rassasiait la Thrace, Ils n’ont faim que de meurtre, ils n’ont soif que de sang ; Quand leur faim est contente et leur soif assouvie, Sur cent corps foudroyés qu’abandonne la vie Leur homicide essieu siffle et cric en passant.

D’Angoulême à des lois soumet leurs cœurs sauvages (1) ; L’onde, l’herbe, les fleurs des rians pâturages Pour la première fois composent leur festin ; Pour la première fois aux plaines ennemies, Poussés par la Sagesse et non par les Furies (2), Ils se sont élancés sans espoir de butin.

De la Bidassoa paisible (3) Que désertent ses défenseurs, Leur flanc dur, devenu sensible, D’un bain frais goûte les douceurs ; De leurs yeux l’horrible lumière (4), Le bruit affreux de leur crinière Jusqu’aux tours de Madrid ont prolongé l’effroi ; Leur seul hennissement disperse, Leur haleine de feu renverse Ces preux qui de mourir se faisaient une loi !

Tous ont fui ; mais bientôt une espérance folle De ce sang africain rallume tous les feux ; Dans les triples remparts d’un rocher sourcilleux (5) Ces nouveaux Philistins vont cacher leur idole, La Liberté, leur joie, et leurs biens et leurs dieux.

Cent tonnerres la couronnent ; Des flots grondans l’environnent ; Elle brave un terrestre effort : Son autel n’a point de maître, Tout soldat devient son prêtre, Et ses oracles sont la mort !

Au front de l’Apennin quand se forme un orage, Un nuage, poussé par l’haleine des vents, D’un nuage suivi, suit un autre nuage ; Tels sur ces rocs jetés par la main des géans, Avec un bruit mêlé de silences horribles, Se succédaient sans fin leurs bataillons terribles.

D’Angoulême s’avance ; il mesure des yeux Ces créneaux formidables, Où des bras redoutables Ont marié le fer à la foudre des cieux.

Ainsi qu’un pin sublime appelle la tempête Sur son front rayonnant du givre du matin, Ainsi son blanc panache, ondoyant sur sa tête, Est en butte aux fureurs de cent foudres d’airain. « Français, s’écria-t-il d’une voix tendre et fière, » Si le ciel sous ces murs me ravit la lumière, » Qu’il va m’être à la fois et glorieux et doux » De tomber dans vos bras, de mourir près de vous ! » Ces mots ont des Français multiplié les âmes ; Tous, à travers le sang, les flots, le fer, les flammes (6), Des Etna souterrains ont franchi le courroux.

Ici leurs mains sanglantes S’attachent aux remparts ; Là les portes tremblantes Tombent de toutes parts ; La hache impitoyable Brise les ponts croulans ; Leur ruine effroyable Couvre les combattans : Des rocs, des casques vides, Des corps percés de coups, Comblent les flots avides,

Enchaînent leur courroux ; Mille coursiers hennissent ; lis volent sur les monts ; Leurs pieds d’airain franchissent Les bois, les lacs profonds ; Le feu que Mars allume Dans leurs naseaux ardens Se mêle à leur écume ; Le frein crie en leurs dents ; La bombe suit la bombe Dans les airs embrasés ; L’Ibère frappé tombe De ses créneaux brisés ; Trocadero s’écroule Dans ses marais sanglans ; Son chef foudroyé roule Sur ses soldats mourans ; Là finit ton délire, Tyr aux vastes projets ; Ton dernier brave expire Sur tes bronzes muets.

À l’aspect de ces morts, de ce roc lamentable, De ces glacis de sang, théâtre épouvantable Des fureurs des humains, Des tendres séraphins les faces se voilèrent ; Dans les yeux du héros de tristes pleurs roulèren Au ciel il tend les mains :

« Toi, dit-il, dont le doigt fit pencher pour la guerre » Tes bassins éternels, » Au bonheur des mortels » Faut-il que ce fléau soit parfois nécessaire ! » Par ce sang pour la paix à regret répandu, » Par ce sang espagnol au nôtre confondu, » Par mes aïeux enfin, peuple, je vous conjure, » Rois, je vous en supplie, oubliez toute injure ; » C’est là ma récompense et tout ce qui m’est dû ! »

Il dit, et marche droit aux colonnes d’Hercule ; L’hydre des factions devant ses pas recule ; Dans les murs de Cadix il s’enferme indécis : En vain sa gueule enflammée D’une stérile fumée Couvre le camp français sur le rivage assis ; Devant nous la porte tombe, Et le monstre qui succombe De sa dernière écume outrage encor les lis.

C’est peu : pour contempler nos pompes triomphales, Qu’à leur sang refusa le destin rigoureux, Nos frères, moissonnés sous un chef moins heureux, Du sommeil de la Mort rompant les lois fatales, Se lèvent par milliers de leurs tombeaux poudreux, Et, contens d’une gloire et si prompte et si belle, Tous rentrent consolés dans la nuit éternelle !

Bronzes, tonnez de joie, et vous, sonnez, clairons (7) ; Lampes de feu, brillez, rivales des étoiles ; De cette nuit superbe enrichissez les voiles : Les colonnes d’Alcide ont uni deux Bourbons !

Sommes-nous aux temps héroïques, Dans ces jours aux yeux éclipsés Où les monstres, les rois iniques Par Alcide étaient terrassés ? Nouveau Thésée, au bras robuste, Des Cercyon et des Procuste Nettoyant les rocs indignés, Ce héros brise les entraves De deux époux, nobles esclaves Sur leur trône même enchaînés.

« À vos pieds, leur dit-il, je prosterne ma gloire ; » Le péril fut commun, partageons la victoire ; » Notre sceptre est le même, et le sang nous unit. » Il parle, et sous l’abri de ses palmes guerrières Met les vastes frontières Où l’Espagne commence, où la France finit.

Tel un jeune olivier entre un double héritage, Par l’aurore arrosé, caressé du Zéphire, Croît, et prolonge au loin son pacifique ombrage Sous un ciel pur semé de rose et de saphir. Ce n’est sous ses rameaux qu’une éternelle fête ; L’Amour y vient rêver de jeux et de conquête, Et l’Hyménée en paix y vient former ses nœuds ; Sur ses maîtres, unis par une amitié tendre, De printemps en printemps son ombre aime à s’étendre, Et promet à leurs fils ses fruits délicieux !

(1) D’Angoulême à des lois soumet leur cœur sauvage. (2) Poussés par la Sagesse et non par les Furies, Ils se sont élancés sans espoir de butin. (3) De la Bidassoa paisible Que désertent ses défenseurs, Leur flanc dur, devenu sensible,

D’un bain frais goûte les douceurs. (4) De leurs yeux l’horrible lumière, Le bruit affreux de leur crinière Jusqu’aux tours de Madrid ont prolongé l’effroi. (5) Dans les triples remparts d’un rocher sourcilleux, Ces nouveaux Philistins emportent leur idole,

La Liberté, leur joie, et leurs biens et leurs dieux. (6) Tous, à travers le sang, les flots, le fer, les flammes, Des Etna souterrains ont franchi le courroux. (7) Bronzes, tonnez de joie, et vous, sonnez clairons ; Lampes de feu, brillez, rivales des étoiles ; De cette nuit superbe enrichissez les voiles :

Les colonnes d’Alcide ont uni deux Bourbons.