French poem
Prologue
Lecteurs, en vous servant ce poème indigeste Je ne m'attarde pas par un long manifeste A quêter à genoux votre indulgent pardon: Je n'écris pas pour ceux à qui le sort est bon, Mais pour tous ceux à qui la vie est un supplice: En abrégeant leurs jours, je leur rends un service. Ainsi, pas de critique. Il faut que vous sachiez Que je n'écrirais plus, si vous me reprochiez Un style abominable, un vers dur et difforme Qui pèche par le fond ainsi que par la forme, Ou si vous prétendiez que le bannissement Peut seul d'un tel forfait me punir dignement. Ma muse, je l'admets est loin d'être élégante; Cependant, mon humeur sera très arrogante Si le critique veut exterminer mes vers: J'ôte et tourne, en ce cas, mon capot à l'envers Et je me fais maçon quoique déjà sur l'âge. En crépissant des murs, étage après étage, J'atteindrai les sommets et l'immortalité, Narguant là le critique et sa sévérité; Et poursuivant là-haut le cours de mes conquêtes Je m'empare à l'instant des vents et des tempêtes Pour les lancer sur vous, critiques entêtés, Ennemis indiscrets des médiocrités. Ne m'infligez donc pas de pareilles défaites. Ah! si vous compreniez tout le mal que vous faites En brisant un auteur qui fait ses premiers sauts Pour enfourcher Pégase avec ses oripeaux! Je le sais, je ne suis qu'un rustique poëte; Ma lyre est paysanne, et son habit de fête D'étoffe du pays teint de sombres couleurs Attire la critique et non pas les flatteurs.