French poem
Adieu, Ninon
Depuis longtemps, Trop longtemps, je soupire. Il est grand temps Aujourd'hui de me dire Si vous voulez Jouer avec ma flamme. Parlez, madame, Mais vous me le paierez.
Allons, mon coeur, Et cachez, je vous prie, Cet air moqueur Qui vous rend moins jolie. Quoi! vous osez Rire de mon attente? Riez, méchante, Mais vous me le paierez.
Hélas! pourquoi Faut-il que je vous aime, Fille au coeur froid, Qui n'aimez que vous-même? Vous souriez? Ma peine est bien étrange, Allez, mon ange, Mais vous me le paierez.
Pourquoi tantôt Votre voix si rieuse, Au piano Était-elle rêveuse? Vous le savez, Cela vous rend plus belle. Chantez, cruelle, Mais vous me le paierez.
Mêlant nos pas Dans un même dédale, Quand dans mes bras La Valse vous rend pâle, Vous ne songez, Vous, qu'à votre toilette. Dansez, coquette, Mais vous me le paierez.
Mais quel courroux! Vous aurais-je blessée? Quels yeux moins doux! Quelle moue offensée! Vous vous fâchez? Vous êtes en colère? Boudez, ma chère, Mais vous me le paierez.
Adieu, Ninon. Eh bien! quel est ce geste? Qu'avez-vous donc? Voulez-vous que je reste? Ciel! vous pleurez Votre main me rappelle.... Pleurez, ma belle, Mes maux sont trop payés.
Passy, Août 1860.