French poem
Rhodina
Fille de Lesbos, vierge aux tresses blondes, Nymphe auprès de qui pâlirait Vénus, Fleur du Sunium, dont de chastes ondes Au soleil jadis baignaient les pieds nus!
Comme sur la mer, la mer frémissante Poursuit le sillon d'un fuyant esquif, Sur le sable fin l'onde caressante A-t-elle effacé ton pas fugitif?
Blanche Rhodina, ma déesse antique, Si chez les mortels, par faveur des dieux, Tes charmes divins, dans leur grâce attique, Daignaient un beau soir descendre des cieux,
Si tu revenais, ravissante et telle Que Cléphas te vit, un jour de péché, Je voudrais t'aimer d'amour immortelle A rendre jalouse Hélène ou Psyché!
Car parmi tes soeurs au chaste sourire Dont je vois s'enfuir dans les bois ombreux Le pas, cadencé comme un chant de lyre, Toi seule es la reine aux yeux amoureux.
Et tu m'aimerais, ma pudique amante, Tout en restant nymphe et divinité: Comme ton sein nu sa pudeur charmante, O reine, l'amour a sa chasteté.
Passy, Août 1858.