Versos French Raoul Ponchon Éloquence perdue

French poem

Éloquence perdue

by (1848–1937)

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Un dimanche de Fructidor Dernier, dans un village De pêcheurs, au pays d’Armor, Me trouvant de passage,

À l’église je suis entré, Juste au moment sévère Que le recteur exaspéré Jaillissait de sa chaire.

Il y avait un monde fou, Femmes et jeunes filles ; Beaucoup de mathurins itou, Ouvrant leurs écoutilles.

Or, ce recteur hurla, tonna Contre l’intempérance Qui sévit, dans ce pays-là, Plus qu’autre part, en France.

La mer ! qu’est-ce que vous voulez ?… Rien comme ça n’altère… Et nos bons mathurins salés Se dessalent à terre.

Sans entrer dans la lettre, ici, De son réquisitoire, Il leur dit à peu près ceci, Si j’ai bonne mémoire.

« Il avait vu dans les ruisseaux Des gars, près de sa cure ! Se vautrer comme des pourceaux Du troupeau d’Épicure !…

« Et que c’était se ravaler Au-dessous de la brute, À ce point, que tel croit parler, Qui seulement quirrute…

« Que l’ivrognerie, à coup sûr, Est des vices le pire, À cause qu’il exerce sur Les autres son empire…

« Et d’ailleurs, qu’on ne devait pas, Malgré la soif contraire, Boire en dehors de ses repas, Si ce n’est de l’eau claire…

« Que si leur raison se noyait En de sales guinguettes, En revanche, on ne les voyait Jamais donner aux quêtes…

« Enfin, qu’au lieu de dépenser Tout leur « décompte » à boire, Ils feraient mieux le lui verser, Pour s’offrir un ciboire… »

Et patati, et patata… Il parla sur ce thème, Trois quarts d’heure au moins, tempêta Et lança l’anathème ;

En l’entrelardant de latin Que l’on cuisine à Rome, Et citant du Saint Augustin Avec du Saint Jérôme.

Or, tout près de moi, j’entendis, Après cette tirade, Un de ces mathurins maudits Dire à son camarade :

« — Hein ! crois-tu qu’il s’est emballé, Qu’en dis-tu, mon compère ? Tout de même, il a bien parlé.., Allons donc prendre un verre. »