French poem
Fleurs
by Raoul Ponchon (1848–1937)
Ton œil ne peut saisir les fleurs que tu fais naître Quand tu daignes fouler le sol ; Il faut avoir mon cœur, vois-tu, pour les connaître Il faut t’aimer d’un amour fol.
Elles soûlent mes yeux et je puis te les dire ; J’en connais le parfum aussi ; Il est plus inouï que tout ce qu’on respire, Si tu veux leurs noms, les voici :
Ce sont d’abord des lis d’une blancheur suprême Tels qu’il ne s’en trouve qu’aux cieux, Élégants comme toi, purs comme ta chair même Et comme toi délicieux ;
Ce sont de fins muguets dont les clochettes blanches Pareilles à tes claires dents Tintinnabulent comme en Avril, dans les branches, Le rire argentin du Printemps ;
Ce sont des liserons, ce sont des églantines, Des pavots qui vont s’embraser, Et des roses pompon aux bouches enfantines Qui te réclament un baiser ;
Ce sont des boutons d’or et puis des chrysanthèmes, Des pervenches et des barbeaux Aussi bleus que tes yeux qui le sont plus eux-mêmes Que le ciel : pense s’ils sont beaux !
Des menthes, des œillets et de la marjolaine, Des parfums de toute saison Qui mettent sur ma lèvre un peu de ton haleine En me prenant de ma raison ;
D’ardents coquelicots, de sourdes scabieuses Qui veulent des mains de velours Pour les cueillir ; fleurs qui, de ta grâce envieuses Ont près de toi des gestes lourds.
Ainsi comme l’on voit à la naissante aurore Croître une à une les couleurs, De même on voit germer et se hâter d’éclore Sur ton chemin toutes les fleurs.
Mais la terre aussitôt redevient morne et nue Quand tu n’y poses plus tes pas Bienfaisants ; ce n’est plus pour moi qu’une inconnue : Rien ne fleurit où tu n’es pas.