Versos French Raymond de La Tailhède Deuxième Ode à Jean Moréas

French poem

Deuxième Ode à Jean Moréas

by (1867–1938)

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Neuf fois je frapperai la lyre : Les Muses aiment notre voix : Les accords que je veux produire Seront dociles à leurs lois, Si je célèbre la verdure Entournée à ta chevelure Et les neuf Muses à la fois.

Déjà sur la double colline Où fleurissent toutes les fleurs, Par cette puissance divine Qui rend belles les nobles sœurs, Aganippe t’ouvre ses rives, Et du courant de ses eaux vives Elle te verse les liqueurs.

Clio la grandeur héroïque Souffle, Euterpe la joie aussi, Thalie aimable au jeu rustique Repousse l’effort du souci, Et tu reçois de Melpomène La gravité musicienne Des rythmes honorés ici.

Le chœur qui les danses décore, Tirant des cithares tantôt Un doux bruit, un fredon encore, Par une corde au son plus haut, Ainsi que troupes vagabondes Mène les fêtes sans secondes De Terpsichore et d’Erato.

Mémoire auguste, Polymnie, Tu es des âges le réveil ; Secret des mondes, Uranie, Tu es la flamme du soleil. Calliope a livré sa grâce À celui que nul ne surpasse, Moréas, chanteur nonpareil.

Au doux parler des sœurs jumelles Ma voix se joint pour le plaisir Du laurier éloquent comme elles Que ta force a fait reverdir : À l’Isthme, à Delphes, tu le cueilles, Le droit arbuste aux sombres feuilles, Seule moisson de ton désir.

Promis au fouet des Euménides, Cependant sifflant aux roseaux, Qui vont multipliant leurs rides Quelques-uns se disent nouveaux : Ceux-là, comme errantes figures D’ombres, par les landes obscures N’auront de trêve à leurs travaux.

Race qui fait voir en ses ruses La bassesse de ses efforts, La Gorgone en place des Muses De leur vie a tiré les sorts. L’un l’autre ils se peuvent poursuivre. Ils sont morts sitôt que de vivre, Cendre et fumée entre les morts.

Il n’est point de nouvelles armes Pour nous assurer d’un renom Moins vain que leurs tristes alarmes. Le même trait nous sera bon Qui à Pindare fit service, Car c’est toujours le même vice Le but des flèches d’Apollon.