French poem
La Maison du Passé
by Renée Vivien
Toi qui m’as oubliée aujourd’hui, qui fus mienne Cependant, viens dans la maison aérienne Du songé et du passé,
Il y demeure un soir doux au regard lassé. Les chambres aux plafonds creusés comme les dômes S’y peuplent de fantômes.
J’y retrouve là-bas les livres oubliés, Les sachets odorants encore et les colliers, Les choses familières.
Je ne sais quoi de triste obscurcit les lumières Pourtant… Et dans l’air traîne un funèbre parfum, Car on attend quelqu’un.
Reviens dans la maison du pissé, mon amie ! Cette chambre, qui fut si longtemps endormie, S’éveillera pour toi.
Et Ton n’y reconnaît que ton ordre, ta loi Que nul ne contredit et que nul ne transgresse, Mon maître et ma maîtresse !
Reconnais ton odeur d’ambre mêlé d’iris, toute chose dans la demeure de jadis Porte la chère empreinte…
Le foyer s’est éteint, la lampe s’est éteinte Dans la chambre sans fleurs où je t’ouvre les bras, Toi qui ne viendras pas !