French poem
La Vénus des Aveugles
by Renée Vivien
Sur l’autel fermé par de noirs rideaux Règne la Venus des Aveugles, noire Sous la majesté de ses noirs bandeaux. Le temple a des murs d’ébène et d’ivoire Et le sanctuaire est la nuit des nuits. Il n’est plus d’odeurs, il n’est plus de bruits Autour de cet autel dans la nuit la plus noire.
Nul n’ose imaginer le visage inconnu. La Déesse règne en l’ombre éternelle Où les murs sont nus, où l’autel est nu, Où rien de vivant ne s’approche d’Elle. Dans un temple vaste autant que les cieux La Déesse Noire, interdite aux yeux, Se retire et se plaît dans la nuit éternelle.
Les Aveugles se sont traînés à ses genoux Pourtant, et, levant leur paupière rouge, Semblent adorer un dieu sans courroux, Et nul ne gémit et nulle ne bouge, Mais, dans cette extase où meurt le désir, Où la main se tend et n’ose saisir, Une larme a coulé sous la paupière rouge.