French poem
Quatre Poèmes inspirés du Grec
by Renée Vivien
Quittant l’air troublé que laboure Le glaive aux éclairs froids, Redis au peuple la bravoure Du valeureux Crétois.
Repose en paix, ô rouge lance ! Évoque, dans la somnolence De ces murs au grave silence, Les combats d’autrefois.
Dans l’ombre que l’encens parfume, Près de l’autel serein, Tu regrettes le sang qui fume, Et le choc souverain ; Sur la plaine où le jour s’efface, Mélancoliquement tenace, Tu ne dresses plus la menace De ton ongle d’airain.
Ici, le soir fumeux attriste De son rire fané Le sanctuaire d’améthyste Et de jaspe veiné. Repose dans la ténèbre ample Et pacifique de ce temple, Où la vierge aux bras blancs contemple L’image d’Athéné.
D’Invisibles pipeaux charment ma solitude. Le soir voit défleurir le méliot des prés. Ô nymphes aux yeux verts, et toi, Pan au poil rude, Je vous offre ces fruits que l’automne a dorés.
Lorsque j’ai convoité la fraîcheur des fontaines, Étendu sur la roche et las des longs chemins, Vous m’avez apporté l’eau des sources lointaines, Ô nymphes ! dans le creux frissonnant de vos mains.
Je n’ai plus redouté l’aridité des sables, Bouclier d’or où se double l’airain du ciel, Car j’ai bu longuement, dans vos mains pitoyables, L’eau claire qui me fut plus douce que le miel.
Ici, dans le verger où se croisent tes vents, Près du sable blanchi par le sel et l’écume, J’accorde le repos, loin des êtes fervents, Sur l’herbe aux frissons doux que le cerfeuil parfume.
Nul vent ne fait trembler tes beaux pommiers fleuris, La charmante langueur du mélilot s’exhale, Et, baignant l’aloès et le vert tamaris, La fontaine jaillit, riante et virginale.
Moi, l’Hermès dont les yeux suivent les flots d’étain, Sur mon socle de pierre aux bords moussus, j’écoute Le chant de l’eau, plus clair que le pipeau lointain, Et les pâtres lassés font halte dans leur route.
Sur les rocs ont erré les pieds nus de Kupris. Elle aime à contempler, du haut de la falaise, Les ondes déployant leurs violets d’iris Dont l’immortel ennui s’exaspère et s’apaise. Sur les flots ont erré les pieds nus de Kupris.
La vague a reconnu la voix de la Déesse Qui jaillit autrefois du délicat embrun, Blonde sous le jour blond que la tiédeur oppresse, Et respirant l’iode ainsi qu’un frais parfum. La vague a reconnu la voix de la Déesse.
Son image a dompté le courroux de la mer. Elle accorde la paix et le soleil aux voiles, Et, souriant aux nefs de son visage clair, Elle fait resplendir les nuits belles d’étoiles. Son image a dompté le courroux de la mer.