French poem
Sur le Rythme Saphique
by Renée Vivien
Prolonge la nuit, Déesse qui nous brûles ! Éloigne de nous l’aube aux sandales d’or ! Déjà, sur la mer, les premiers crépuscules Ont pris leur essor.
Garde-nous pourtant, dormantes sous tes voiles, Ayant oublié la cruauté du jour ! Que le vin de l’ombre et le vin des étoiles Nous comblent d’amour !
Puisque nul ne sait quelle aurore se lève Apportant le gris avenir dans ses mains, Nous tremblons devant le grand jour, notre rêve Craint les lendemains.
Ah ! gardant la main sur nos paupières closes, Rappelons en vain la douceur qui nous fuit ! Dresse à qui plaît la ruine des roses, Prolonge la nuit !