Versos French Sainte-Beuve Imité d’Ovide

French poem

Imité d’Ovide

by (1804–1869)

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De tous les dons du Ciel, de tout ce que la terre A de biens, vrais ou faux, qu’elle rend tour à tour, Gloire, grandeur, puissance, ou même étude austère, Ou même amitié chère, Je ne veux que l’Amour.

Je ne voulais que lui dans l’ardeur de jeunesse, À l’âge où tous les feux nous couronnent le front ; Quand l’orgueil du désir et sa haute promesse Exaltaient toute ivresse, Lui seul était au fond.

Je ne rêvais que lui dans mes rêves d’enfance, Près des sureaux en fleur où rôdait mon ennui ; Loin des jeux, aux sentiers où le nid sans défense Jamais n’eut mon offense, Je ne rêvais que lui.

Je ne veux que l’Amour dans ses restes encore, Dans les débris épars des lilas défleuris, Quand m’a laissé le charme, et qu’à défaut d’aurore Le couchant seul colore Mes brouillards déjà gris.

Chacun a son destin qui tôt ou tard l’entraîne : C’est fureur ou génie, et quelquefois raison ; Alexandre a la coupe et la boit d’une haleine ; Un autre a la Syrène ; Tyrtée a sa chanson.

Moi, dès que le Printemps me point et me traverse Avec ses mille dards et ses langues de feu, Dès qu’il m’étale en chœur sa jeunesse diverse Et ses gaietés où perce Un seul et même jeu,

Quand tout renaît, je meurs ; Amour fait mon supplice ; La vieille et tendre plaie est prompte à se rouvrir ; Et je ne veux plus rien que le cruel délice, Rien qu’un dernier calice Pour y boire et mourir.