French poem
Le Brigand, imité d’Uhland
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Un jour (en mai) de fête et de lumière, Au front du grand bois éclairci, Sortit le Brigand ; et voici Qu’au chemin creux, sous la lisière, Jeune fille passait sans rien voir en arrière.
« Oh ! pisse ainsi ! quand ton panier de mai, Au lieu de fraîches violettes, Tiendrait joyaux, riches toilettes, Quel sentier te serait fermé ? » Pensait le dur Brigand au front sombre allumé.
Et son regard aux fortes rêveries Suit longtemps et va protéger La jeune fille au pas léger Qui déjà gagne les prairies Et glisse blanche au loin le long des métairies ;
Tant qu’à la fin, une haie au détour Couvrant la blancheur de la robe, L’aimable forme se dérobe… Pourtant le Brigand, à son tour, Rentre à pas lents au bois, sous ses sapins sans jour.