French poem
Mais la bise a passé
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Mais la bise a passé. Revient la douce haleine, Revient l’éclat céleste au bleuâtre horizon.
La violette rit dans son rare gazon ; La neige brille aux monts sans insulter la plaine.
Que d’aspects assemblés ! sur la hauteur prochaine Ce massif de bois nu, dans sa sobre saison ; En bas le lac limpide, où nagent sans frisson Les blancs sommets tout peints d’un bleu de porcelaine.
Pauvre orage de l’âme, où donc est ta rigueur ? Qu’as-tu fait de tes flots, orage de mon cœur ? Je sens à peine en moi les rumeurs expirantes.
J’aime ce que j’aimais ; un souvenir pieux Sur ces coteaux nouveaux me redit d’autres lieux, Et je songe au passé le long des eaux courantes.