Versos French Sébastien-Charles Leconte L’Héritage

French poem

L’Héritage

by (1860–1934)

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Alors il me sembla que j’étais sur la tour La plus haute de ma pensée intérieure, Et qu’en mes yeux, fermés à la chûte de l’heure, La froide éternité naissait avec le jour.

Solitudes que des solitudes prolongent, Les cercles de la vie, à mes pieds étagés, S’élargissaient jusqu’aux horizons où, rangés Comme des dieux, les sphinx de la science songent.

Et là-bas, déformés par les lointains, pareils Au débris colossal des cités que le sable Des déserts engloutit dans sa marche inlassable, Terribles et brûlés par la mort des soleils,

Entassements jetés dans la nuit du peut-être, Amoncelés en blocs, tels qu’en les bâtissant, Avec sa chair, avec ses os, avec son sang, L’esprit humain s’était usé comme un ancêtre,

Les matériaux : bruts du Temple inachevé, Arraches par l’Idée aux carrières de l’ombre, Pris à l’Espace, pris aux Causes, pris au Nombre, Tout ce que l’Homme a vu, tout ce qu’il a rêvé,

Tout l’Infini conçu dans les veilles sacrées, Les vérités sans nom qu’élabore en grondant Et que marque du sceau de son vouloir ardent Le séculaire effort dont elles sont créées,

L’épouvante d’avoir deviné, la terreur Du conquérant qui marche au fond du sanctuaire, Et sur qui pèse, ainsi qu une paix mortuaire, Tout le faix écrasant des voûtes de l’erreur,

Tout était là, savoir ou foi, doute ou blasphème, Les siècles à leur œuvre immortelle voues, Et l’amas sombre des systèmes échoués, Bossuant le désert énorme du problème,

Et, confondant en moi son génie et ses dieux, Par l’hymne de la pierre et par la voix du livre, Saluait, en l’esprit qui les fera revivre, L’Héritier de l’Empire accru par les aïeux.

Un vertige monta du gouffre qu’en moi-même Creusait le pur orgueil d’être à la fin venu Aux confins crépusculaires de l’inconnu, Dont le vent balaya le roc du mont suprême.

Et je sentis alors, du zénith au nadir, Inentendue et formidable, avec des ailes Qui s’étendaient jusqu’aux étoiles éternelles, L’ombre du Tentateur derrière moi grandir.