French poem
Résignation
by Sébastien-Charles Leconte (1860–1934)
Je me levai sur mes deux mains, avec effort, Et mon regard chercha, dans l’ombre indifférente, La déroute confuse et la mêlée errante Des enfants de la femme en marche vers la mort. Je les vis. Ils allaient, en troupeaux inutiles, Où des doigts s’arrachaient des hampes d’étendards, Bestiaire de bronze et de soie, où, hagards, Des bras nus s’enlaçaient à des croupes reptiles.
Et je me mis debout, parmi l’impiété Solennelle de la pierre déserte, et toute L’ironique splendeur des nuits où rien n’écoute. Et je sentis grandir en moi la volonté D’unir à leur néant servile ma poussière, De n’être plus qu’un homme au milieu d’eux, l’obscur Passant qui longe en tâtonnant l’énorme mur De sa vie, et qui sait de nouveau la prière,
Et d’aller, résigné comme eux, vers un demain Fait d’espérance, jusqu’au terme du chemin.