French poem
Le Mi-Chemin
by Sémion Nadson (1862–1887)
Le chemin est rude. Le soleil ardent darde Sur les pierres brûlantes de la route. Tu as blessé tes pieds fatigués Sur le sable chaud et le granit rugueux. Ton âme courageuse est terrassée de fatigue, Épuisée par la soif et la chaleur Mais ne pense pas à t’écarter du chemin pénible Et chercher l’oubli dans le repos honteux.
Pousse plus loin, voyageur, en avant ! en avant ! Le repos est ailleurs, il est là devant toi. Laisse le bosquet t’appeler sous son ombre tranquille S’inclinant sur la rivière calme, Laisse le printemps en reine aimante et caressante y étendre son tapis vert, Et sertir de branches un berceau d’émeraudes, En avant ! toujours en avant ! sous l’ardeur des rayons De ton chemin inconnu et ardent Dédaignant la tentation passagère.
Le sommeil dans ce bosquet est redoutable, le repos y est profond Il est si doux, si caressant Que l’âme lassée de l’angoisse morbide Une fois assoupie — s’endort. Dans cette frondaison parfumée, habite une dryade ; À peine poseras-tu la tête sur la mousse, Que l’enchanteresse de la forêt Dans la demi-obscurité, s’accolera à ton chevet,
Et tu entendras une voix : « Dors, repose-toi, Fuyez fantômes troublants de la douleur ! Oublie-toi dans mon ombre parfumée Dans le lit calme de la mer verte… Ton chemin est long… Il est aride et triste Oh ! pourquoi vouer ta jeune âme À la lutte, à l’angoisse et aux tourments ? Mon ami ! fie-toi au velours parfumé de la mousse Ce bosquet est si frais, si tranquille, Les moments d’oubli y sont si doux ! »
— Tu es fort, je le sais. Intrépide, tu as supporté La lutte, l’angoisse et les tourments. Mais plus forte que ces puissances déchaînées, mais apparentes Est la tentation déguisée du mi-chemin. En avant, voyageur ! Crois-moi À peine auras-tu cédé À un moment de béatitude, de rêve et de calme Que tu abandonneras tout ce que tu as fait par amour Pour le triste bonheur d’un repos honteux !
S. NADSON