Versos French Siméon Pécontal Le Drack

French poem

Le Drack

by (1798–1872)

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Un jeune enfant, à la vesprée, S’en allait jouant dans le val ; Sur la pelouse diaprée Un guerrier survient à cheval.

— Où vas-tu si tard dans la plaine, Tout seul ainsi, petit enfant ? Viens au bois pour reprendre haleine, — Non ; ma mère me le défend.

— Tu n’en diras rien. — Oh ! ma mère Sait ce que je fais sans le voir. — Quel est son métier ? — Lavandière ; Entendez d’ici son lavoir.

— Mais ne crains-tu pas, mon bel ange, Le loup qui rôde par les champs ? — Beau cavalier, le loup ne mange Que les petits qui sont méchants.

— Cependant, si tu veux m’en croire, Il ne faut pas trop s’y fier : On dit que quand la nuit est noire… — Que dit-on, seigneur cavalier ?

— Qu’il est plus sûr d’aller ensemble, Avec moi ne crains aucun mal ; Tu dois être las, il me semble : Veux-tu monter sur mon cheval ?

— J’en ai peur : il a l’œil si rouge ! Il est noir, noir comme la nuit ! Et puis, voyez ! toujours il bouge, Et ses pieds ne font aucun bruit !

— C’est que, sur le sol qu’il effleure, Il a peine à se contenir : Il peut aller, en moins d’une heure, Au bout du monde et revenir.

— Alors, oh ! que de belles choses On pourrait voir en un moment ! — Plus qu’au printemps il n’est de roses Et d’étoiles au firmament !

Ce sont les fleurs les plus étranges, Et des fruits d’un goût sans pareil ; Des orangers tout plein d’oranges, Dans des champs tout pleins de soleil.

On voit tout ce qui peut surprendre ; Des hommes de toutes couleurs ; Des oiseaux qui se laissent prendre Avec la main comme des fleurs.

Ici, dans des forêts sauvages, Paissent des troupeaux d’éléphants ; Là, les perles, sur les rivages, Servent de jouet aux enfants,

On voit les monts, on voit les plaines Où l’or se trouve par monceaux ; La mer, ou nagent des baleines Aussi grandes que des vaisseaux !

Eh bien ! ce merveilleux spectacle, L’univers ! va s’offrir à toi, En un moment et par miracle, Si tu veux venir avec moi.

Et l’enfant, que le charme enivre, Près du cavalier vient s’asseoir : — Vous dites, si je veux vous suivre, Que je peux revenir ce soir ?

— Oui, ce soir même, enfant ; mais songe Qu’il est déjà tard ; tu m’entends. Partons : vois l’ombre qui s’allonge ! Bientôt il ne serait plus temps.

Et son œil, plein d’inquiétude, Suit du val le sentier battu ; Rien ne trouble la solitude, Mais l’écho du lavoir s’est tu !

L’enfant alors : — Pour que je monte, Approchez-vous de l’escalier Que cette croix ici surmonte. La voyez-vous, beau cavalier ?

Le cheval recule et se cabre… — Comme il a frémi tout à coup Votre cheval ! tirez le sabre, Peut-être qu’il a vu le loup !

— Il l’a vu, sans doute ; et je tremble, Que deviendrais-tu là, tout seul ? Viens, cher enfant ; allons ensemble Derrière cet épais tilleul.

Et l’enfant, tendant sa main blanche, Suit le cheval, cède à l’attrait… Le cavalier vers lui se penche, Le jette en croupe et disparaît.

Un long cri traversa la plaine !… La mère accourt ; soins superflus : Pour l’aller voir à la fontaine, Son pauvre enfant ne revint plus.

s. pécontal.