Versos French Stéphane Mallarmé Je veux être quelqu’un

French poem

Je veux être quelqu’un

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Je veux être quelqu’un, je veux être un poète, Et s’il faut de mon sang que je marque mes pas, Je m’ouvrirai moi-même et le cœur et la tête : Mourir sans laisser d’œuvre est un double trépas.

Car si le corps pourrit, l’âme est une immortelle, Le corps est l’instrument qu’elle jette au rebut Et souvent il fléchit et sa souffrance est telle Qu’on le voit succomber en arrivant au but.

Qu’importe ! si la voix a pu se faire entendre ; Qu’importe ! si le pied a gravi le sommet ! Mourir n’est pas mourir, car vivre c’est attendre Le lever du soleil qui ne s’éteint jamais.

Ô corps ! relève-toi pour travailler encore, J’ai dans le corps, vois-tu, des milliers de sanglots ; Quand tu seras muet, chanteras-tu l’aurore ? Et quand tu seras sourd, entendras-tu les flots ?

Travaille donc, forçat ! mon seul esclave en somme. Le travail ennoblit la brute qui le fait. Tu dormiras après un tranquille et long somme : Le sommeil éternel viendra comme un bienfait.

Alors de tout le sang qui fait battre mes veines Sortit une terrible, une étrange clameur : « Le sommeil ! » disait-elle, « est-ce assez pour nos peines ? » Il faudrait être trois pour te servir, rimeur. » Je te ferai rêver ! — Merci ! » dit la rumeur…