Versos French Stéphane Mallarmé Morts de poètes

French poem

Morts de poètes

by

Listen in the reader

L’enfant agonisait, Sa figure d’archange Formait une auréole aux divines pâleurs Et ses petites mains se crispaient de douleurs Bleuissant et semblant plus blanches que le lange. Tout à coup souriant en voyant son bel ange : « Maman, murmura-t-il, je t’enverrai des fleurs ! » Puis l’enfant s’envola bien loin de notre fange.

L’adolescent mourait comme une rose éclose Se fane lentement sous le soleil joyeux. Il mourait regardant l’immensité des cieux, Et déjà sa paupière était pâle et mi-close. « Mon amour, disait-il, pour que mon cœur repose, « Et que jamais des pleurs ne coulent de mes yeux, « Ma Douce, oh ! couvre-les des feuilles d’une rose ! »

Le poète mourait. Son angoisse était telle Que des larmes coulaient de ses yeux lentement, Car son cœur voulait vivre ! Il mourait en aimant. Sa maîtresse, entendant venir l’heure éternelle, Lui dit : « Sur ton beau front que veux-tu, cher amant ? — « Femme, répondit-il, que ta main doucement « Cueille pour l’ombrager une fleur d’immortelle ! »