French poem
Ombre
by Stuart Merrill (1863–1915)
Toujours la voix des luths en les lointains bosquets, Et des pas égarés au sable des allées, Et les galants, et leurs belles aux airs coquets.
Mais l’amour a lassé ces âmes désolées Où tout désir est mort comme aussi tout plaisir, Et même le remords des heures envolées.
Leurs longs doigts indolents saccagent à loisir Les pâles dahlias, les lys et la verveine, Sans la volupté, las ! d’avoir à les choisir.
Vaine, oh ! vaine est la vie, et la mort est plus vaine, Vaine comme ces fleurs qui renaissent l’hiver Des sèves dont jamais ne tarira la veine.
Donc ce ne sera plus que paroles en l’air, Des étreintes de mains et de feintes tendresses, Et tout le doux regret des spasmes de la chair.
Et lentement la voix des luths fond en caresses Lascives pour leurrer vers l’oubli de la nuit Les mauvais amoureux et leurs molles maîtresses
Dont les pas las s’en vont vers les lointains, sans bruit.