French poem
À un désespéré
Tu veux toi-même ouvrir ta tombe : Tu dis que sous ta lourde croix Ton énergie enfin succombe ; Tu souffres beaucoup, je te crois.
Le souci des choses divines Que jamais tes yeux ne verront Tresse d’invisibles épines Et les enfonce dans ton front.
Tu répands ton enthousiasme Et tu partages ton manteau ; À ta vaillance le sarcasme Attache un risible écriteau.
Tu demandes à l’âpre étude Le secret du bonheur humain, Et les clous de l’ingratitude Te sont plantés dans chaque main.
Tu veux voler où vont tes rêves Et forcer l’infini jaloux, Et tu te sens, quand tu t’enlèves, Aux deux pieds d’invisibles clous.
Ta bouche abhorre le mensonge, La poésie y fait son miel ; Tu sens d’une invisible éponge Monter le vinaigre et le fiel.
Ton cœur timide aime en silence, Il cherche un cœur sous la beauté ; Tu sens d’une invisible lance Le fer froid percer ton côté.
Tu souffres d’un mal qui t’honore ; Mais vois tes mains, tes pieds, ton flanc : Tu n’es pas un vrai Christ encore, On n’a pas fait couler ton sang ;
Tu n’as pas arrosé la terre De la plus chaude des sueurs ; Tu n’es pas martyr volontaire, Et c’est pour toi seul que tu meurs.