Versos French Sully Prudhomme Fatalité

French poem

Fatalité

by

Listen in the reader

Que n’ai-je appris l’amour sous un regard moins beau ! Je n’aurais pas traîné si longtemps sur la terre Cet âpre souvenir, le seul que rien n’altère, Et qui, le plus lointain, me soit toujours nouveau.

Hélas ! je ne peux pas souffler comme un flambeau L’œil bleu, pâle qui luit dans mon cœur solitaire ; On ne se remplit pas d’une nuit volontaire, Pas même en se voilant des ombres du tombeau.

Que n’ai-je, comme eux tous, aimé d’abord la grâce, Non la grande beauté qui fait mal, qui dépasse L’horizon du désir et la force du cœur !

J’eusse aimé librement selon ma fantaisie ; Mais l’amante que j’ai, je ne l’ai pas choisie, Je ne pourrais pas plus la changer que ma sœur.