Versos French Sully Prudhomme Fra Beato Angelico

French poem

Fra Beato Angelico

by

Listen in the reader

Avant le lever du soleil, Quand aux yeux il n’apporte encore Qu’un pressentiment de l’aurore, Et qu’il blanchit plus qu’il ne dore Les champs émus d’un lent réveil,

Au jour qui commence de croître, La vitre luit sous les barreaux, Et les colonnettes du cloître Sentent l’ombre des passereaux ;

Le laurier, la rose trémière, Qui fleurissent autour du puits, Se redressent vers la lumière En distillant les pleurs des nuits, Et le jardin fait sa prière.

C’est l’heure où, bénissant le jour Dont sa paupière se colore, Fra Beato sent le retour Des paradis avec l’aurore.

Et voici qu’un long trait de feu, Violet, jaune, rouge et bleu, Par la grille de la cellule Vient nacrer la pâleur du mur, Comme une vive libellule Qui se pose sur un lis pur.

Et le moine ouvrant les prunelles, Avec ce rayon pour pinceau, Fait les anges brillants et frêles Qui forment de leurs fines ailes Sur la Vierge un splendide arceau.