Versos French Sully Prudhomme Jalousie

French poem

Jalousie

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Je ne me plaindrai point. La pâle Jalousie Retient sa voix tremblante et pleure un sang muet. Qu’ils vivent de longs jours, heureux sans poésie, Et qu’un amour tranquille habite leur chevet !

Qu’il la possède bien, sans l’avoir désirée, Par le droit seul, exempt du péril de l’aveu, Sans cette passion folle et désespérée Qui tente sur le vide une étreinte de feu !

Mais qu’insensiblement le réseau gris des rides Fatigue le sourire et blesse les baisers ; Que les cheveux blanchis, les prunelles arides N’offrent plus que l’hiver à des sens apaisés ;

J’attends, moi, sa vieillesse, et j’en épierai l’heure ; Et ce sera mon tour ; alors je lui dirai ; « Je vous chéris toujours, et toujours je vous pleure : Reprenez un dépôt que je gardais sacré.

« Je viens vous rapporter votre jeunesse blonde : Tout l’or de vos cheveux est resté dans mon cœur, Et voici vos quinze ans dans la trace profonde De mon premier amour patient, et vainqueur ! »