French poem
L'Étranger
SONNET.
Je me dis bien souvent: De quelle race es-tu? Ton coeur ne trouve rien qui l'enchaîne ou ravisse, Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse: Il semble qu'un bonheur infini te soit dû.
Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu? À quelle auguste cause as-tu rendu service? Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice, Quelle est la beauté propre et la propre vertu?
À mes vagues regrets d'un ciel que j'imagine, À mes dégoûts divins, il faut une origine: Vainement je la cherche en mon coeur de limon,
Et, moi-même étonné des douleurs que j'exprime, J'écoute en moi pleurer un étranger sublime Qui m'a toujours caché sa patrie et son nom.