French poem
Le Galop
Agite, bon cheval, ta crinière fuyante ; Que l’air autour de nous se remplisse de voix ! Que j’entende craquer sous ta corne bruyante Le gravier des ruisseaux et les débris des bois !
Aux vapeurs de tes flancs mêle ta chaude haleine, Aux éclairs de tes pieds ton écume et ton sang ! Cours, comme on voit un aigle en effleurant la plaine Fouetter l’herbe d’un vol sonore et frémissant !
« Allons, les jeunes gens, à la nage ! à la nage ! » Crie à ses cavaliers le vieux chef de tribu ; Et les fils du désert respirent le pillage, Et les chevaux sont fous du grand air qu’ils ont bu !
Nage ainsi dans l’espace, ô mon cheval rapide, Abreuve-moi d’air pur, baigne-moi dans le vent ; L’étrier bat ton ventre, et j’ai lâché la bride, Mon corps te touche à peine, il vole en te suivant.
Brise tout, le buisson, la barrière ou la branche ; Torrents, fossés, talus, franchis tout d’un seul bond ; Cours, je rêve, et sur toi, les yeux clos, je me penche… Emporte, emporte-moi dans l’inconnu profond !