French poem
Le Point du Jour
C’est l’heure indécise où l’aurore Annonce son prochain retour Plus à l’âme qu’aux yeux encore, Quand il ne fait ni nuit ni jour ;
Il semble que la terre épie L’imminent baiser du soleil ; C’est comme un arrêt dans la vie, Un subit effroi du réveil.
Des hiboux et des rôdeurs traîtres L’appel vague et rare a cessé, Mais la rumeur de tous les êtres N’a pas encore commencé ;
À peine un coq s’est fait entendre, À peine fume un premier feu Dans le ciel humide et si tendre Qu’on ne sait s’il est blanc ou bleu ;
Sur la route flotte et s’allonge Un lambeau d’errante vapeur Qui semble en fuite comme un songe À qui la lumière a fait peur :
La rosée, où ne s’illumine Pas encore un seul diamant, Sous une gaze blême et fine Ensevelit le pré dormant ;
Comme un miroir de fiancée Où tremblent des reflets de lis, L’eau des ruisseaux est nuancée Par la nacre des cieux pâlis.
En souriant à ses voisines, Une fille aux yeux entr’ouverts S’éveille dans les capucines De sa fenêtre aux volets verts.
Mais un souffle léger s’élève : Au brusque éclat du jour vainqueur L’horizon tressaille et se crève, Et tous les nids chantent en chœur !
Et là-bas sur la glèbe rose D’où l’alouette prend l’essor, Marchent dans une apothéose Des bœufs de pourpre aux cornes d’or !