Versos French Sully Prudhomme Les Adieux

French poem

Les Adieux

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Les jeunes filles Amis, amis, nous voilà grandes ; Nos jours ont changé de saison. Allez préparer vos offrandes, Allez suspendre les guirlandes À la porte de la maison.

Elle a sonné, l’heure fatale Qu’on tremblait de voir approcher ; Des fleurs que la prairie étale Semez la route triomphale Où l’hymen en blanc va marcher.

Les jeunes gens Quelle solitude est la nôtre ! Ou dans les bras de l’homme, ou dans les bras de Dieu, Nos compagnes, hélas ! tombent l’une après l’autre. Adieu !…

Un soir s’en va l’enfant aimée : Sa vie en s’éteignant nous laisse un corps tout froid, Comme d’un cierge pur la flamme parfumée Décroît…

Un matin c’est une épousée : Elle marche à l’autel, l’œil baissé mais vainqueur ; Aux lèvres va fleurir la joie ensemencée Au cœur !

Qui êtes-vous, vierges de la veille ? Ange ? épouse ? pour vous quel est le meilleur sort ? Plus d’une ombre en passant nous répond à l’oreille : « La mort… »

Les jeunes filles Pourquoi cette parole amère ? Pourquoi ces pleurs dans vos adieux ? La fille imite enfin sa mère ; Mais l’amitié reste sincère, Bien qu’elle ait dû baisser les yeux.

Cherchez autour de vous laquelle N’a pas reçu son maître un jour. Le cœur se fixe où Dieu l’appelle ; Mais l’amitié reste fidèle, Bien que le cœur ait un amour.

Les jeunes gens Ah ! vous nous oublierez avant demain sans doute ! Vierges, notre jeunesse est la rosée au vent : Elle tombe avec vous de nos cœurs goutte à goutte ; Une seule en partant peut nous l’emporter toute Et n’en sait rien souvent.

Hélas ! où voulez-vous que nous posions nos âmes, Si vous changez de ciel, ô fleurs de la maison ? Que peuvent les vieillards, dispensateurs des blâmes, Qui versent à toute heure et sur toutes nos flammes Comme une neige la raison ?

Que peuvent nos amis, ceux que l’orgie entraîne, De nos soupirs cachés insouciants moqueurs ? Ou ceux qui, délaissés, ressentent notre peine ? Que peuvent-ils pour nous ? La gloire serait vaine À vous supplanter dans nos cœurs !

Les jeunes filles Chacune de nous est l’aînée De sœurs qui la supplanteront ; Notre fleur d’oranger ne sera pas fanée Avant que leur seizième année Nous la demande pour leur front.

Leurs jeux nous font encore envie, Ils vont nous être défendus ; À de graves devoirs doucement asservie, S’éloigne de vous notre vie ; Peut-être ne rirons-nous plus…

Les jeunes gens Puisque l’âge est passé des gaîtés familières, Que la pudeur craintive a touché vos paupières Et qu’on vous prend la main pour l’offrir à l’époux, Puisque l’âge est passé des gaîtés familières, Mariez-vous.

Puisque Dieu lentement disperse les familles, Ravit aux jeunes gens l’amour des jeunes filles, Et nous laisse gémir dans un ennui jaloux, Puisque Dieu lentement disperse les familles, Mariez-vous.

Nous sommes des enfants, on vous promet des hommes, D’un prospère foyer protecteurs économes, Peut-être moins aimants, mais plus sages que nous ; Nous sommes des enfants, on vous promet des hommes : Mariez-vous.

Les jeunes filles Amis, votre âme n’est que tendre ; Rendez-la forte pour attendre, Pensez beaucoup et rêvez moins ; La vierge ne peut vous entendre, Portez à la vertu vos soins.

Vouez à quelque objet suprême Un feu plus grand que l’amour même ; Luttez pour devenir plus tôt Des fiancés comme on les aime Et des hommes comme il en faut.