French poem
Les Marbres
Ce qui rend les villas charmantes, C’est, plus encor que les gazons, Et la grâce des horizons, Et le rêve des eaux dormantes,
C’est, plus que l’air délicieux Et le vert sombre des vieux arbres, C’est le candide éclat des marbres Sur l’azur intense des cieux :
Ceux que l’Attique et la Toscane Baignent d’un jour immense et clair, Le paros, beau comme la chair, Le pentélique diaphane.
Et le carrare aux fins cristaux Qu’un rayon de soleil irise ; Blocs de neige que divinise La sainte audace des marteaux !
Qu’on polisse le rouge antique, Le turquin bleu, le noir portor Où serpentent des veines d’or, Et le cipolin granitique,
L’antin jaune ou couleur de sang, Le vert de Florence et de Suse, Celui de Gênes qui ne s’use Que limé par un bras puissant ;
Qu’ils quittent la nuit des carrières Pour l’ombre d’un palais chagrin, J’aime mieux dans l’éther serein Le marbre blanc, ce lis des pierres !
Jeune, éblouissant, virginal, Et façonné par le génie, Il est le seul qui montre unie La matière au pur idéal !