Versos French Sully Prudhomme Paysan

French poem

Paysan

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Que voit-on dans ce champ de pierres ? Un paysan souffle, épuisé ; Le hâle a brûlé ses paupières ; Il se dresse, le dos brisé ; Il a le regard de la bête Qui, dételée enfin, s’arrête Et flaire, en allongeant la tête, Son vieux bât qu’elle a tant usé.

La Misère, étreignant sa vie, Le courbe à terre d’une main, Et, fermant l’autre, le défie D’en ôter, sans douleur, son pain. Il est la chose à face humaine Qu’on voit à midi dans la plaine Travailler, la peau sous la laine Et les talons dans le sapin.

Soyez riches sans trop de joie ; Soyez savants, mais sans fierté : L’heureux a cru choisir la voie Où de doux fleuves l’ont porté. On hérite d’un sang qu’on vante ; On rencontre ce qu’on invente ; Et je cherche avec épouvante Les œuvres de ma liberté…

Brave homme, le rire et les larmes Sont mêlés par le sort distrait ; Nous flottons tous, dans les alarmes, Du vain espoir au vain regret. Et, si ta vie est un supplice, Nos lois ont un divin complice : Fait-on le mal avec délice ? Fait-on le bien comme on voudrait ?