French poem
Toute la France
Entourons ce drapeau, mes sœurs, dressons nos âmes Avec cet héritier d’illustres oriflammes Que, pour le suivre au ciel et pour l’y déployer, Le siècle qui descend lègue au siècle qui monte, Ainsi qu’au nouvel an se rassemble et se compte Une antique famille autour de son foyer.
Et comme au nouvel an s’évoquent les naissances Et se pleurent tout bas les trop longues absences, Comme s’épand des cœurs tout l’amour amassé, Aujourd’hui par la gloire et par l’épreuve unies, Célébrons le concert de vos divers génies Fondus quinze cents ans au creuset du passé.
Depuis l’âge où vos fils sur ma docte colline Accouraient, d’Abélard quêtant la discipline, Combien chez moi l’école a mélangé les mœurs ! Et sur mes bancs nombreux, dans mes célèbres chaires, Parmi tant de passants, combien de lampadaires Dilatent mes flambeaux sans cesse accrus des leurs !
De ses vieilles cités je ne suis pas la seule Dont soit fière la France, et n’en suis pas l’aïeule ; De cette immense ruche où toutes nous brillons, Ah ! si c’est moi la plus radieuse alvéole, C’est vous dont le tribut m’a fait mon auréole, C’est à vous que j’en cueille amplement les rayons.
Des plus beaux de vos fruits je reçois les prémices ; Vos fleurs ouvrent pour moi leurs plus larges calices, Et dans l’œuvre de l’homme il n’est pas de joyaux Dont l’art de vos enfants ne m’orne la première ; Ma pensée à la leur emprunte la lumière. Je ne suis reine enfin que par vos dons royaux.
Mes sœurs, cette opulente et séculaire offrande, Se peut-il qu’en un jour mon accueil vous la rende ? Non ; mon cœur sent ma voix à sa dette faillir ; La gratitude à flots m’envahit et m’oppresse. Puisse du moins mon lustre, orgueil de ma tendresse, Aux yeux de l’univers sur vos fronts rejaillir !
Afin que l’Univers, mon hôte, Saluât nos féconds liens, J’ai dans mes palais, côte à côte, Rangé vos chefs-d’œuvre et les miens.
Dès longtemps nos annales mêmes Avaient marié nos destins : Je puis unir à vos emblèmes Ma nef domptant les flots mutins. Sans trouble malgré leur furie, Je prête un sourire enchanteur Au visage de la patrie Qui m’a confié sa grandeur.
Pour elle, debout sur la hune, Ma vigie explore les eaux ; Vous portez aussi sa fortune : Menons de front nos deux vaisseaux ;
Que rien jamais ne les sépare ! Rien ne saurait les couler bas, Quand notre force est à la barre Et notre prudence au compas.
Ici, devant les merveilles Aux œuvres d’un dieu pareilles Que par ses bras et ses veilles Fait surgir le genre humain, Oh ! mes sœurs ! mes sœurs ! quel rêve De sublime et douce trêve Comme une aube en nous se lève ! Paradis réel demain Si, sevrés de sang, de larmes, Allégés du poids des armes, Les peuples, libres d’alarmes, Marchaient la main dans la main.
En la cité tutélaire, Qui le nourrit et l’éclaire, Si chacun sentait sa mère Et l’embrassait à son tour, S’il savait se reconnaître Dans les soupirs qu’il pénètre, N’ayant plus qu’à laisser naître La Justice de l’amour ! Ce beau rêve la tourmente : Que dans sa poitrine ardente La France le couve et tente De le faire éclore au jour.
Ce beau rêve la tourmente : Que dans sa poitrine ardente La France le couve et tente De le faire éclore au jour !