Versos French Sully Prudhomme Un Songe

French poem

Un Songe

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J’étais mort, j’entrais au tombeau Où mes aïeux rêvent ensemble. Ils ont dit : « La nuit lourde tremble ; Est-ce l’approche d’un flambeau ?

« Le signal de la nouvelle ère Qu’attend notre éternel ennui ? — Non, c’est l’enfant, a dit mon père : Je vous avais parlé de lui.

« Il était au berceau ; j’ignore S’il nous vient jeune ou chargé d’ans. Mes cheveux sont tout blonds encore, Les tiens, mon fils, peut-être blancs ?

« — Non, père, au combat de la vie Bientôt je suis tombé vaincu, L’âme pourtant inassouvie : Je meurs et je n’ai pas vécu.

« — J’attendais près de moi ta mère : Je l’entends gémir au-dessus ! Ses pleurs ont tant mouillé la pierre Que mes lèvres les ont reçus.

« Nous fûmes unis peu d’années Après de bien longues amours ; Toutes ses grâces sont fanées… Je la reconnaîtrai toujours.

« Ma fille a connu mon visage : S’en souvient-elle ? Elle a changé. Parle-moi de son mariage Et des petits-enfants que j’ai.

« — Un seul vous est né. — Mais toi-même, N’as-tu pas de famille aussi ? Quand on meurt jeune, c’est qu’on aime : Qui vas-tu regretter ici ?

« — J’ai laissé ma sœur et ma mère Et les beaux livres que j’ai lus ; Vous n’avez pas de bru, mon père ; On m’a blessé, je n’aime plus.

« — De tes aïeux compte le nombre : Va baiser leurs fronts inconnus, Et viens faire ton lit dans l’ombre A côté des derniers venus.

« Ne pleure pas ; dors dans l’argile En espérant le grand réveil. — Ô père, qu’il est difficile De ne plus penser au soleil ! »