French poem
Regrets
by Tancrède de Visan (1878–1945)
Tu vis comme autrefois, ô tourment de ma chair, Au bord de ma mémoire, et ton visage clair Effleure encor ma lèvre au cristal des fontaines !
Ton geste familier m’apparaît à travers L’embrun de mon exil d’enfant, où tu conquiers Le méplat incertain des aurores lointaines.
Mais l’automne a mûri les raisins du verger, Tu ne reviendras plus, ô Psyché, vendanger La grappe fraternelle où mordaient nos deux bouches.
Le faune du bassin garde son air moqueur, Et j’écoute parfois son rire dans mon cœur ; Mais l’orage a cassé le fifre qu’il embouche.
Tu m’as cherché longtemps près des magnolias Fleuris de blanc, où certain soir tu délias La gerbe d’or de tes cheveux sur mes épaules.
Mais ton âme est tout autre et mon rêve a changé, Tu ne comprendras plus mes larmes d’affligé ; Je n’irai plus te voir baigner le long des saules.
Hélas, les jours ont fait notre esprit impuissant A renouer les fils de cet amour naissant Que le destin tissait d’après nos espérances.
Et nous voici réduits à regarder neiger Nos flocons de bonheur semés dans l’air léger, Selon la floraison des frêles remembrances…