Versos French Théodore de Banville Les Forgerons

French poem

Les Forgerons

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Rhythmé par le marteau sonore, Le chant joyeux des forgerons S’envole à grand bruit vers l’aurore, Plus fier que la voix des clairons.

Jean et Jacques La forge mugissante allume Nos fronts par la bise mordus, Et son reflet parmi la brume Chasse les corbeaux éperdus.

De la Noël au jour de Pâques, Nuit et jour, c’est comme un enfer.

Jacques Mon frère Jean,

Jean Mon frère Jean, Mon frère Jacques, Jacques Soufflons le feu !

Jean Soufflons le feu ! Battons le fer !

Jacques Fer grossier que la cheminée Couvre ici de son noir manteau, Jusqu’à la fin de la journée Tremble et gémis sous le marteau !

Jean Pour subir ta métamorphose, Tu vas sortir, obscur encor, De la fournaise ardente et rose, Au milieu d’une gerbe d’or !

Jacques Puis tu seras l’âpre charrue ! Tu répandras sur les sillons La moisson blonde, que salue Le chœur ailé des papillons.

Jean Tu seras le coursier de flamme, Le coursier terrible et sans peur Qui dans ses flancs emporte une âme De charbon rouge et de vapeur.

Jacques Tu seras la faux qui moissonne, Tu courberas le seigle mûr, Cette mer vivante où frissonne L’écarlate et la fleur d’azur.

Jean Lumière, d’ombre enveloppée, Tu renaîtras au grand soleil ; Tu seras le fer de l’épée Qui se rougit de sang vermeil.

Jacques Ton destin vil enfin s’élève ! Tu vas surgir dans la clarté, Pour te mêler, charrue ou glaive, À la mouvante humanité !

Jean Tu frémiras pour la justice !

Jacques Tu serviras à déchirer Le sein de la terre nourrice.

Jean Tu vas combattre

Jacques Et labourer !

Octobre 1859.