Versos French Théodore Hannon Fruits De La Mer

French poem

Fruits De La Mer

by

Listen in the reader

Ma poissonnière est non moins fraîche Que les fruits nacrés de la mer Qu'elle détaille... Rien d'amer Dans tout son être, et rien de rêche.

Il faut la voir, le vendredi, Jour de Vénus et de marée, Trôner, pimpante, chamarrée, Au comptoir de persil verdi.

Sa main plus rose que l'ouïe Des goujons au reflet changeant, Sert les poissons d'or et d'argent A sa clientèle éblouie.

Il faut la voir aller, venir, Dans sa boutique fabuleuse Où la pêche miraculeuse Semble étaler son souvenir.

Pour lui plaire, sa marchandise Adoucit ses bouquets salins, Les homards deviennent câlins Les moules se font friandise.

Rivales des beaux harengs-saurs, Près des turbots tout ronds aux teintes Blafardes de lunes éteintes, Les carpes allument leurs ors.

Les saumons aux mines paternes, Voisins des caviars rancis, Comme des amoureux transis Ouvrent de grands yeux ronds et ternes.

Sur les hauts rayons consacrés, L'enfilade des coquillages En vain combat les maquillages De son oreille aux feux nacrés.

A ses pieds les crabes oranges Frôlés du bas de son jupon, Semblent des monstres du Japon Fondus dans des bronzes étranges.

Les maquereaux, poissons... de cœur Exagérant leurs dos infâmes Dont raffolent certaines femmes, La contemplent d'un air moqueur.

Les piments aux lueurs de forge Dans les bocaux de cornichons, Tirent la langue à ses nichons Que jalousent les airs de gorge

Des citrons effilés et mûrs... Son derme offre de plus beaux lustres Que les boites--aux noms illustres-- Des conserves luisant aux murs.

Rousse, en effet, ses chairs prônées Se pailletent à l'infini Des lenticelles d'or bruni Qu'on aime aux truites saumonées.

A son rire victorieux Les rougets rougissent, bégueules, Et les cabillauds ont des gueules Béates de michets sérieux...

Telle Vénus sortant de l'onde Dut voir une cour de poissons Pâmée en d'étranges frissons Autour de sa majesté blonde!