Versos French Théodore Hannon Mer Tueuse

French poem

Mer Tueuse

by

Listen in the reader

La mer ne s'abandonne, en ses jeux redoutables, Qu'à ses fils de la côte, aux marins véritables, Le visage et le cœur également bronzés; Ces amants aux bras forts, à la rude tendresse, Et pour qui, cependant, elle n'a ni caresses, Ni sourires, ni doux baisers.

Ce sont eux qu'elle prend, avide d'hécatombes, Pour servir de pâture à ses béantes tombes. La marâtre en son sein berce bien plus de morts Que n'en couve la terre en ses sombres entrailles. O pauvres mariniers dormant sans funérailles Au cœur des flots veufs de remords!

Qu'ils aillent arborant, les cieux, l'azur ou l'encre, Le pêcheur, chaque jour en chantant, lève l'ancre. Stoïque, il va livrer sa vie à l'océan: Gage d'un peu de pain pour les siens, ô misère! Il va, brave, et se sent sur l'onde qui l'enserre Guetté par l'horrible néant.

Au sommet de la dune, ayant vu passer l'heure, La femme--ses enfants à genoux--prie et pleure L'homme fatalement marqué pour le trépas. Elle réclame au moins son cadavre... Et, macabre, La vague semble rire à sa plainte, et se cabre Féroce,--et ne le lui rend pas.