Versos French Théodore Weustenraad Harmonie

French poem

Harmonie

by (1805–1849)

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Le travail est divin.

Gloire à la puissante Industrie, Reine de la terre et des eaux ! L’homme enfin comprend son génie, Il ose admirer ses travaux ; Le cri du sol sous la charrue, Du marbre enlevé par la grue, Du bronze frappé du marteau, Pour son oreille a plus de charmes Que le canon d’un peuple en armes, Tonnant sous un sanglant drapeau !

Que j’aime à voir sur nos rivages Le temple vivant du Travail Resplendir sous de verts ombrages, Frais ornement de son portail, Régner sur nos plaines fumantes, Du haut de ses tours flamboyantes, Du haut de ses noirs minarets, Fiers de se mirer dans un fleuve Qui porte aux cités qu’il abreuve Tous les trésors d’un saint progrès !

Jadis le Ciel dans sa tendresse Couronnait d’un azur plus doux, Ces monts d’où l’antique sagesse Descendit au milieu de nous ; Il aimait à parer leurs cimes, Leurs flancs, leurs rochers, leurs abîmes D’un éternel manteau de fleurs, Et faisait jaillir de leur base Des sources qui versaient l’extase Aux poëtes comme aux pasteurs.

Non moins propice à ma patrie Qu’il enrichit de ses bienfaits, Partout où la noble Industrie Élève un autel à la Paix, Il prodigue encor sans mesure Et les splendeurs de la nature, Et les trésors de sa bonté, Tributs réservés au courage Qui sait agrandir l’héritage Promis à la postérité.

Partout, quand le fils de la Terre Suspend les saints travaux du jour, L’astre bienveillant qui l’éclaire Lui sourit avec plus d’amour ; Le fleuve l’appelle au rivage, La brise l’accueille au passage Par un murmure plus flatteur, Et chaque arbre de la vallée Répand sur sa route voilée Plus de parfums et de fraîcheur.

Héros de la terrestre fête, Il entonne un chant fraternel, Et quand la forêt le répète Au mont qui le redit au ciel, Ravi d’une extase inconnue, Il croit entendre dans la nue Dont les flancs s’ouvrent sans effroi, La voix sublime de Dieu même Qui dit à la terre : Je t’aime ; À l’homme : Aime-la comme moi !

Ranimé par la voix céleste, Il la bénit avec ferveur, Rompt le dernier pain qui lui reste Humide encor de sa sueur, Tend sa coupe à l’urne d’argile Qui verse à son âme virile L’oubli des dangers et des maux, Et, se levant plus intrépide, Poursuit sur la foi de son guide Le cours de ses puissants travaux.

Triomphe ! Ainsi par la nature, Payé d’un retour généreux, L’homme reçoit avec usure Le prix d’un sort laborieux ; Il s’unit au vœu de la terre, Il s’unit au Dieu qu’il révère, Par des liens toujours plus doux, Et chaque progrès qui l’honore, Embellit et resserre encore Ce lien, le plus saint de tous.