Versos French Théophile Gautier Ii

French poem

Ii

by

Listen in the reader

Oh! quelle joie au séjour morne Des pauvres Enfants détenus, Limbes grises, tombeau que borne Un horizon de grands murs nus.

Lorsque la porte qui s'entr'ouvre, Laissant passer le jour vermeil, A leurs yeux ravis vous découvre Comme un ange dans le soleil!

Pour le penseur chose effrayante! L'homme jetant à la prison La faute encore inconsciente Et le crime avant la raison!

Là sont des Cartouches en herbe Dont les dents de lait ont mordu, Comme un gâteau, le fruit acerbe Qui pend à l'arbre défendu;

Des scélérats sevrés à peine; De petits bandits de douze ans, D'un mauvais sol mauvaise graine, Tous coupables mais innocents!

Hélas! pour beaucoup la famille Fut le repaire et non le nid, La caverne où gronde et fourmille Le monde fauve qu'on bannit.

Vous arrivez là, douce femme, Lorsque sommeille encor Paris, Faisant l'aumône de votre âme A ces pauvres enfants surpris.

Vous accueillez leur plainte amère Leur long désir de liberté, Et chacun d'eux vous croit sa mère A se voir si bien écouté.

Vous leur parlez de Dieu, de l'homme, Du saint travail et du devoir, Des grands exemples qu'on renomme, Du repentir qui suit l'espoir;

Et la prison tout éblouie Par la céleste vision, De la lumière évanouie Conserve longtemps un rayon!