French poem
Iv
Enfant, une telle marraine Protège un roi de tout péril, Et sa baguette souveraine Conjure la chute et l'exil. Comme au temple un nid de colombe, Le berceau posé sur la tombe Attire le divin rayon; Le monde attend, la France espère, Et déjà l'avenir prospère Vit en germe dans le sillon.
De cette France glorieuse Sans doute un jour tu seras roi! De notre œuvre laborieuse Les fruits tardifs seront pour toi! Sous la terre, encore enfermée, La moisson, par nos mains semée, Te donnera des épis mûrs, L'arbre, pour nous privé d'ombrage, Te couvrira d'un vert feuillage, Nos pierres te feront des murs!
Tu finiras les édifices Dont nous jetons les fondements. Au prix de tant de sacrifices, Sur des débris encor fumants! Surtout laisse toujours l'idée, A ton oreille non gardée, Chuchoter le verbe nouveau; C'est par le verbe qu'on gouverne, Et le diadème moderne N'est que le cercle d'un cerveau!
Que le sculpteur et le poëte Avec le marbre, avec le vers, D'une forme noble et parfaite, Parent le nouvel univers! Que palais, tours, dômes, églises, Sur le ciel des villes surprises, Tracent, en lettres de granit, Les symboles et les pensées Des générations poussées Sur le vieux monde rajeuni.
Du haut de ta gloire étoilée, Songe à ceux qui souffrent en bas, Secours la misère voilée, Au génie obscur tends les bras! Sois le monarque et le pontife, Et rends l'antique hiéroglyphe Pour tous intelligible et clair; Que sur ta tête la tiare Brille dans l'ombre, comme un phare, Au bord du peuple,--cette mer!
Mais ce beau jour n'est qu'une aurore, Un rêve où l'âme se complaît; L'homme n'est qu'un enfant encore, Bouche rose, blanche de lait; Son sceptre est un hochet d'ivoire, Sa pourpre, une robe de moire, Il dort, et sourit sans effroi; Ne pouvant pas encor comprendre, Oh! pur bonheur de l'âge tendre, Qu'il est marqué pour être roi!