French poem
La Fuite
KADIDJA.
Au firmament sans étoile, La lune éteint ses rayons; La nuit nous prête son voile; Fuyons! fuyons!
AHMED.
Ne crains-tu pas la colère De tes frères insolents, Le désespoir de ton père, De ton père aux sourcils blancs?
KADIDJA.
Que m'importent mépris, blâme, Dangers, malédictions! C'est dans toi que vit mon âme. Fuyons! fuyons!
AHMED.
Le cœur me manque; je tremble, Et, dans mon sein traversé, De leur kandjar il me semble Sentir le contact glacé!
KADIDJA.
Née au désert, ma cavale Sur les blés, dans les sillons, Volerait, des vents rivale. Fuyons! fuyons!
AHMED.
Au désert infranchissable, Sans parasol, pour jeter Un peu d'ombre sur la table, Sans tente pour m'abriter...
KADIDJA.
Mes cils te feront de l'ombre, Et, la nuit, nous dormirons Sous mes cheveux, tente sombre. Fuyons! fuyons!
AHMED.
Si le mirage illusoire Nous cachait le vrai chemin, Sans vivres, sans eau pour boire, Tous deux nous mourrions demain.
KADIDJA.
Sous le bonheur mon cœur ploie; Si l'eau manque aux stations, Bois les larmes de ma joie. Fuyons! fuyons!
1845.