French poem
Lacenaire
Pour contraste, la main coupée De Lacenaire l'assassin, Dans des baumes puissants trempée Posait auprès, sur un coussin.
Curiosité dépravée! J'ai touché, malgré mes dégoûts, Du supplice encore mal lavée, Cette chair froide au duvet roux.
Momifiée et toute jaune Comme la main d'un pharaon, Elle allonge ses doigts de faune Crispés par la tentation.
Un prurit d'or et de chair vive Semble titiller de ses doigts L'immobilité convulsive, Et les tordre comme autrefois.
Tous les vices avec leurs griffes Ont, dans les plis de cette peau, Tracé d'affreux hiéroglyphes, Lus couramment par le bourreau.
On y voit les oeuvres mauvaises Écrites en fauves sillons, Et les brûlures des fournaises Où bouillent les corruptions;
Les débauches dans les Caprées Des tripots et des lupanars, De vin et de sang diaprées, Comme l'ennui des vieux Césars!
En même temps molle et féroce, Sa forme a pour l'observateur Je ne sais quelle grâce atroce, La grâce du gladiateur!
Criminelle aristocratie, Par la varlope ou le marteau Sa pulpe n'est pas endurcie, Car son outil fut un couteau.
Saints calus du travail honnête, On y cherche en vain votre sceau. Vrai meurtrier et faux poète, Il fut le Manfred du ruisseau!
VARIATIONS SUR LE CARNAVAL DE VENISE