Versos French Théophile Gautier Le Merle

French poem

Le Merle

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Un oiseau siffle dans les branches Et sautille gai, plein d'espoir, Sur les herbes, de givre blanches, En bottes jaunes, en frac noir.

C'est un merle, chanteur crédule, Ignorant du calendrier, Qui rêve soleil, et module L'hymne d'avril en février.

Pourtant il vente, il pleut à verse; L'Arve jaunit le Rhône bleu, Et le salon tendu de perse, Tient tous ses hôtes près du feu.

Les monts sur l'épaule ont l'hermine, Comme des magistrats siégeant; Leur blanc tribunal examine Un cas d'hiver se prolongeant.

Lustrant son aile qu'il essuie, L'oiseau persiste en sa chanson, Malgré neige, brouillard et pluie, Il croit à la jeune saison.

Il gronde l'aube paresseuse De rester au lit si longtemps Et, gourmandant la fleur frileuse, Met en demeure le printemps.

Il voit le jour derrière l'ombre; Tel un croyant, dans le saint lieu, L'autel désert, sous la nef sombre, Avec sa foi voit toujours Dieu.

A la nature il se confie, Car son instinct pressent la loi. Qui rit de ta philosophie, Beau merle, est moins sage que toi!

LA FLEUR QUI FAIT LE PRINTEMPS

Les marronniers de la terrasse Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean, La villa d'où la vue embrasse Tant de monts bleus coiffés d'argent.

La feuille, hier encor pliée Dans son étroit corset d'hiver, Met sur la branche déliée Les premières touches de vert.

Mais en vain le soleil excite La sève des rameaux trop lents; La fleur retardataire hésite A faire voir ses thyrses blancs.

Pourtant le pêcher est tout rose, Comme un désir de la pudeur. Et le pommier, que l'aube arrose, S'épanouit dans sa candeur.

La véronique s'aventure Près des boutons d'or dans les prés, Les caresses de la nature Hâtent les germes rassurés.

Il me faut retourner encor Au cercle d'enfer où je vis; Marronniers, pressez-vous d'éclore Et d'éblouir mes yeux ravis.

Vous pouvez sortir pour la fête Vos girandoles sans péril, Un ciel bleu luit sur votre faîte Et déjà mai talonne avril.

Par pitié donnez cette joie Au poète dans ses douleurs, Qu'avant de s'en aller, il voie Vos feux d'artifice de fleurs.

Grands marronniers de la terrasse, Si fiers de vos splendeurs d'été, Montrez-vous à moi dans la grâce Qui précède votre beauté.

Je connais vos riches livrées, Quand octobre, ouvrant son essor, Vous met des tuniques pourprées, Vous pose des couronnes d'or.

Je vous ai vus, blanches ramées, Pareils aux dessins que le froid Aux vitres d'argent étamées Trace, la nuit, avec son doigt.

Je sais tous vos aspects superbes, Arbres géants, vieux marronniers, Mais j'ignore vos fraîches gerbes Et vos aromes printaniers.

Adieu, je pars lassé d'attendre; Gardez vos bouquets éclatants! Une autre fleur suave et tendre, Seule à mes yeux fait le printemps.

Que mai remporte sa corbeille! Il me suffit de cette fleur; Toujours pour l'âme et pour l'abeille Elle a du miel pur dans le coeur.

Par le ciel d'azur ou de brume Par la chaude ou froide saison, Elle sourit, charme et parfume, Violette de la maison!