French poem
V
Pourtant l'ange aux yeux bleus, aux ailes roses, l'ange De l'inspiration, sur les chemins de fange, Pour arriver à toi, pose ses beaux pieds blancs, Et l'auréole d'or qui couronne sa tête Dans ses cils diaprés des sept couleurs, projette Des fantômes étincelants.
Alors, devant les yeux de ton âme en extase, Chatoyante d'or faux, toute folle de gaze, Comme aux pages d'Hugo ton cœur la demanda, Avec ses longs cheveux que le vent roule et crêpe, Jambe fine, pied leste et corsage de guêpe, Vrai rêve oriental, passe l'Esméralda.
Roland le paladin, qui, l'écume à la bouche, Sous un sourcil froncé, roule un œil fauve et louche, Et sur les rocs aigus qu'il a déracinés, Nud, enragé d'amour, du feu dans la narine, Fait saillir les grands os de sa forte poitrine Et tord ses membres enchaînés.
Puis la tête homérique et napoléonienne De notre roi Victor!--que sais-je, moi? la mienne, Celle de mon Gérard et de Pétrus Borel, Et d'autres qu'en jouant tu fais, d'un doigt agile, Palpiter dans la cire et vivre dans l'argile; --Assez pour, autrefois, rendre un nom immortel!
Si trois cents ans plus tôt Dieu nous avait fait naître, Parmi tous ces hauts noms, l'on en eût mis peut-être D'autres qui maintenant meurent désavoués; Car nous n'étions pas faits pour cette époque immonde Et nous avons manqué notre entrée en ce monde, Où nos rôles étaient joués...
Septembre 1831.