French poem
En vain tu mets tes doigts sur mes yeux inquiets
by Tristan Derème (1889–1941)
En vain tu mets tes doigts sur mes yeux inquiets Et me caches les prés, les branches et le ciel, Ô doux amour, ô toi qui es Du féminin au pluriel !
Exiges-tu que d’une voix endolorie Je dise les brasiers que ton sourire allume, En un livre de la série In-16 à 3 fr. le volume ;
Ou que, trempant encor ma plume dans mon cœur, Car déjà ton regard a séché l’encrier, Je te figure, archer vainqueur, Coiffé de myrte et de laurier ?
Ma plume ne sert plus qu’à débourrer la pipe Que je fume le soir sous les saules moroses En songeant à l’ombre qui fripe Les espérances et les roses.
Laisse-moi. Je me plais à voir glisser le vol Sur l’immobile azur des pigeons gris et blancs ; À quoi bon nouer à mon col Tes bras perfides et tremblants ?
Tu verras en sanglots mainte âme évanouie Baiser tes pieds en implorant la servitude ; Moi, j’ouvrirai mon parapluie Pour danser dans la solitude.
More by Tristan Derème
- Droite, dans la candeur des voiles, à l’orée
- D’allégresse vibrant de la nuque au talon
- Elle disait : Le bonheur vient on ne sait d’où
- En l’honneur de ton nom je veux sonner du luth
- Entre la vie et moi tirant un voile épais
- Épître béarnaise
- Et naguère aux midis de résine imprégnés
- Et tu disais : Vous tous qui souffrez d’insomnie